Collectif citoyen du 29 mai Sèvres, Ville d’Avray, Chaville

Grèves générales reconductibles en Guadeloupe et Martinique de janvier à mars 2009

De quelques enjeux pour aujourd’hui et demain

mardi 19 mai 2009 par Frédéric Constant

La Martinique et la Guadeloupe ont fait la Une des journaux français voici quelques semaines. L’opinion française a découvert que ces pays n’étaient pas que des sites « paradisiaques » pour des vacances « exotiques ». Dans ces pays vivent des peuples, dans des conditions matérielles souvent difficiles, même si les choses sont complexes et s’il y a pire ailleurs. En tous cas certains clichés ont volé en éclat. Par exemple : celui de la « mollesse » des Antillais sous administration française, celui de sociétés sans problèmes et sans racisme. Beaucoup de Français ont appris qu’il existait là-bas une caste d’individus riches dénommés békés [1], descendants des colons Blancs esclavagistes, ayant conservé leur puissance économique, et dont le racisme rappelle celui des Afrikaaners ou des sionistes. Bien sûr, des bombes ne sont pas déversées sur les peuples Guadeloupéen et Martiniquais.

Mais depuis début février des milliers de gendarmes armés avaient été envoyés en renfort en Guadeloupe. Or en général un gouvernement n’envoie pas des renforts militaires pour le décorum, mais dans l’éventualité d’une répression inhabituellement forte. Il se trouve que Guadeloupe et Martinique ont depuis 1946 connu des répressions sanglantes de grèves (plus sanglantes qu’en France). Par ailleurs, rappelons qu’en mai 1967, lors d’une grève des ouvriers du bâtiment, les Guadeloupéens ont été victimes d’une répression militaire très sanglante : plus de 80 morts par balle reconnus par le Ministre G. Lemoine en 1985. Des militants guadeloupéens ont avancé des chiffres allant jusqu’à 130. Un vrai carnage ! Or le gouvernement de 1967 (de Gaulle et Pompidou) était moins répressif que celui d’aujourd’hui, moins réactionnaire à tous points de vue, et la grève était moins ample. Avec Sarkozy et son équipe une répression musclée aurait pu être encore plus meurtrière. L’idée d’une répression-carnage de ce type était peut-être dans l’air…

Examinons de plus près ce qui s’est passé dans ces pays.

En Guadeloupe, la grève générale interprofessionnelle reconductible a démarré le 20 janvier 2009, et à duré 55 jours. En Martinique : début de la grève 5 février ; durée 38 jours. Dans les 2 pays, cette grève a duré plus longtemps que celle de mai 1968 en France. A la Réunion le mouvement est plus sporadique dans son expression (plutôt des pics de grève générale).

Comment les choses se sont elles organisées ? D’abord ces grèves furent précédées de mouvements contre le coût exorbitant de l’essence, en Guyane et en Guadeloupe. Sujet inflammable dans des pays où un service efficient de transports collectifs de 6H à 00H n’existe pas : beaucoup de salariés sont contraints d’avoir un véhicule individuel.
Pour préparer sérieusement une grève générale il fallait une unité d’action et une plate-forme revendicative unitaire formant socle et « soudant » en quelque sorte les travailleurs. On a beaucoup parlé de la revendication d’augmentation des salaires :
- les salaires sont bas par rapport à la France compte tenu du coût de la vie beaucoup plus élevé qu’en France ; les denrées de première nécessité sont beaucoup plus chères car importées par un lobby de l’import-export et des grandes surfaces qui se servent abondamment au passage. Il faut savoir que ces lobbies sont pour l’essentiel entre les mains des grandes familles de békés notamment (les fonctionnaires ont une « prime de vie chère » conquise de haute lutte dans les années 1950) ;
- l’exploitation, l’intimidation et l’arrogance patronales y sont beaucoup plus fortes qu’en France.
Mais les panels des revendications couvrent beaucoup d’autre aspect de la vie sociale [2] et remettaient implicitement en cause la société dans son fonctionnement et ses structures…

Elie DomotaEn Guadeloupe, le rassemblement des organisations ayant piloté la grève s’appelle « Lannyaj Kont Pwofitasyon » (Alliance contre l’exploitation/profit outrancière) ou LKP. C’est une série d’organisations syndicales, partis politiques de gauche, d’associations culturelles, etc. Pour résumer, on peut dire que malgré leurs divergences, elles se sont rencontrées plusieurs fois pour dire : « ça suffit ! Le petit peuple en prend plein la figure du fait de quelques exploiteurs qui s’en mettent plein les poches, les grands patrons sont de plus en plus arrogants, le chômage officiel est endémique et la pauvreté s’étend [3]. Notre pays guadeloupéen est malade, il faut faire quelque chose ! Cela doit passer par une grève générale, donc par l’irruption du peuple dans la rue avec des revendications claires. Alors mettons de côté nos divergences et mettons sur la table ces revendications sur lesquelles nous convergeons. Nos organisations sont de natures diverses : explicitons les revendications dans leur complémentarité ».

C’est de cette démarche constructive qu’est née la plate-forme du LKP et le lancement de la grève. Certains des dirigeants ne croyaient pas que cela durerait plus de quelques jours. Mais la colère populaire était telle que cela a duré bien au-delà de leur projet. Etat et patronat ont misé sur le pourrissement du mouvement, en quittant la table des négociations (Préfet) ou en ne se rendant pas à une réunion (Jégo, rappelé par Fillon, le 08 février 2009). Comportement humiliant qui mit le feu aux poudres dans un pays où l’humiliation (euphémisme !) par la France fut une donnée quasi-constante. De plus il y eut répression physique. De façon quasi-certaine, un syndicaliste très actif était visé (Alex Lollia). Un autre syndicaliste a été tué dans des conditions équivoques et une enquête est en cours malgré les insinuations (valant argument d’autorité) de Michèle Alliot-Marie. Malgré tout, les dirigeants de la grève n’ont pas cédé aux provocations, et sur certaines revendications les grévistes ont partiellement gagné, quoi que la mobilisation populaire reste de mise. A noter que certains secteurs restent en grève pour faire appliquer les accords signés.

En Martinique, la grève a démarré différemment. Les raisons en étaient le mécontentement populaire pour des raisons comparables à la Guadeloupe, conjugué à l’effet d’exemple de la grève guedeloupéenne. La grève démarra le 05 février 2009, à l’initiative d’organisations syndicales et féministes. Contrairement à ce qu’on croit souvent, le mouvement n’a pas été moins dur qu’en Guadeloupe. Des échauffourées ont eu lieu aussi ! Les « forces de l’ordre » ont bouclé certains quartiers populaires de la capitale Fort-de-France, lancé des gaz lacrymogènes. Le Maire de Fort-de-France en a personnellement fait les frais… Mais là aussi gouvernement et patronat ont dû céder sur des points importants. En ce sens, dans le contexte actuel ce sont de grandes victoires.
A noter qu’en Guadeloupe la plus grande manifestation a regroupé 40.000 personnes dans la rue, soit un neuvième de la population. Imaginez en France 6,7 millions de grévistes manifestant le même jour ! D’autres manifestations, un peu moins nombreuses, ont eu lieu. Pour la Martinique, des manifestations d’ordre de grandeur comparable ont eu lieu…

Quels enseignements peut-on tirer de ces grèves ?

1°) Il est possible de faire reculer Gouvernement et patronat. Des peuples de moins de 500.000 habitants, en grève générale, mais organisés, mobilisés, solidaires et audacieux peuvent fait reculer gouvernement et patronat, qui sont des adversaires très arrogants dans la période actuelle. Cela même pour des revendications formellement très matérielles. Encore faut-il que les directions syndicales, malgré leurs divergences, acceptent de mettre celles-ci de côté pour promouvoir l’unité des salariés en vue d’engager le bras de fer avec le grand patronat et le gouvernement. L’expérience récente montre que les grèves d’un jour suite à mot d’ordre de grève « unitaire » (29 janvier, 19 mars) sont insuffisantes pour négocier avec le gouvernement en position de force. Or de plus en plus de salariés veulent s’engager dans des actions dures et longue, vu les attaques portées contre eux depuis des années et celles qui arrivent (licenciements massifs prétextés par la crise). Même massive, une grève d’un jour ne déstabilise pas le patronat et le gouvernement. Cela n’impose pas de rapport de forces dans l’intérêt populaire. Mais peut conduire à démoraliser les plus exploités, car chaque fois ils perdent de l’argent pour rien. Ici ce n’est pas une marque de mépris pour les ouvriers qui font les grèves d’un jour. Ce sont les directions syndicales qui lancent les mots d’ordre, mais apparemment elles ne veulent pas aller plus loin que la grève d’un jour. L’ennui pour elles, c’est que parfois elles sont débordées par leur base (séquestrations de cadres ou de patrons…).

En Guadeloupe et Martinique, malgré leurs grosses divergences (il y avait des réformistes, des maoistes, des trotskistes), les syndicats sont parvenus à faire l’unité pour une grève interprofessionnelle illimitée. C’était la seule manière de faire reculer le pouvoir politique et le patronat : la lutte, le bras de fer. Les dirigeants des principales centrales syndicales françaises savent très bien que seule une lutte déterminée, dure et durable des salariés peut permettre d’obtenir des améliorations, des « conquêtes sociales ». La « négociation » ne sert à rien s’il n’y a pas de rapport de forces dur imposé derrière par le monde du travail, pour contrer la dureté des attaques patronales et gouvernementales.

Mais les dirigeants des principaux syndicats français veulent-ils vraiment imposer ce type de rapport de forces face aux adversaires des salariés ? Bonne question. Je ne remets pas en cause ici les militants de base combatifs, courageux et dévoués, parfois jusqu’au sacrifice de leur vie. Je ne parle pas non plus des ouvriers qui font grève. Je parle des hauts dirigeants syndicaux, des « appareils ». Alors que la colère populaire monte de partout et que les inégalités sociales entre patrons et salariés s’accentuent, pourquoi ces directions persistent-elles à lancer des mots d’ordre de grève d’un jour (qui ne permettent pas d’engager le rapport de forces nécessaires), et non pas tenter de lancer un mouvement de grève générale interprofessionnelle illimité, pour engager un vrai rapport de forces avec le gouvernement et le patronat et les faire plier ? Bien sûr il y aurait une part de « pari », et il y faut de l’audace. Mais l’expérience de ces dernières années montre que les grèves d’un jour sont inefficaces pour faire reculer l’adversaire (je les ai quasiment toutes faites).

Voyons un peu les positions des principales directions syndicales. Dès février B. Thibault (CGT) déclarait que les grèves générales d’outre-mer n’étaient « pas transposables en métropole » (http://www.challenges.fr/actualites...). Son argument ? Les problèmes sociaux sont beaucoup plus graves « outre-mer ». Le fait est vrai, mais l’argument ne tient pas (cf plus loin). Dans le même sens, F. Chérèque (CFDT) a récemment déclaré que « la grève générale ne réglera rien », même d’un jour (http://tempsreel.nouvelobs.com/actu...). C’était pour répondre à J-C. Mailly qui, lui, proposait encore une grève d’un jour… Il ne semble pas que les dirigeants de la CFTC veuillent en découdre non plus…. De la part de la direction de la CFDT il n’y a pas de quoi être surpris. Pour celle de la CGT, traditionnellement plus combative, c’est plus surprenant. Car l’argument de Thibault ne tient pas : même si chômage et pauvreté sont beaucoup plus forts en Guadeloupe-Martinique, l’exaspération et la colère des salariés en France, leur rejet de l’exploitation est énorme et se développe. De plus en plus de grèves sectorielles éclatent, et cela a commencé bien avant la « crise ». Et maintenant, des salariés menacés de licenciements, désespérés, séquestrent des patrons ou des cadres, ou coupent le courant une heure. Désespérés et jugeant ne plus avoir grand’chose à perdre. Sur ce plan les directions syndicales risquent d’être débordées par une base très combative. Il y a de plus en plus d’exemples d’exaspération populaire face à la surexploitation patronale, aux licenciements, à la misère, à la destruction des services publics de santé, d’éducation et de protection sociale…. Tout cela semble permettre l’organisation de vastes mouvements de grèves reconductibles et la construction d’un vaste rapport de forces durable. Car pour aller négocier il faut être en position de force. Encore faut-il en avoir la volonté et l’audace ! Sinon, face aux équipes de Sarkozy et Parisot, on va en prendre encore plus dans la figure. Bref ! les principales directions syndicales font-elles le nécessaire pour développer les luttes contre le « Talon de fer » de la droite bourgeoise la plus réactionnaire depuis 1944 ? A mon avis, c’est non. Mais peut-être qu’au fond elles ont accepté au fond la modernisation, et estimé qu’il fallait faire du syndicalisme d’accompagnement.
En tous cas, sur la question de la combativité dans l’unité syndicale et la durée, nous avons eu en Guadeloupe et Martinique des grèves exemplaires, d’une certaine façon.

2°) la question coloniale ne se pose-t-elle pas toujours pour la France actuelle, malgré les dénégations officielles ?
En effet, en Guadeloupe et Martinique, les denrées de première nécessité et les produits manufacturés sont en très grande partie importées, alors que beaucoup pourraient être produites sur place. Par ailleurs, les productions principales sont des produits primaires destinés à l’exportation vers la France et l’Europe, lesquelles exportent leurs produits manufacturés dans ces marchés. Le financement de la consommation s’effectue pour l’essentiel par des transferts publics provenant de France, vu que le taux de couverture des importations par les exportations est inférieur à 30%. Une bourgeoisie parasitaire se sert au passage à l’import-export et dans la grande distribution. Ce système de transferts publics contribue à créer une mentalité d’assistés sur lequel l’Etat français spécule sciemment pour inhiber les velléités d’autodétermination des peuples.
Globalement, les économies sont de type colonial :
- productions primaires comme productions principales, destinés au marché « métropolitain » ;
- sous-industrialisation ;
- prédominance du secteur tertiaire, au profit stratégique de la présence française.
- économies désarticulées et excentrées, aux moteurs exclusivement extérieurs (marchés, transferts publics) ;
- développement autocentré impossible faute de tout pouvoir législatif dérogatoire, de toute fiscalité et système douanier autonome permettant un Code des Investissements.

Le statut départemental ne doit pas nous aveugler. Aucune formule juridique ne doit nous leurrer. Ce qui compte avant tout, c’est la réalité sociale et économique. Puerto-Rico est un « Etat-Libre associé » aux USA ; l’Algérie française était un rassemblement de département français ; Maroc, Tunisie et d’autres étaient des « protectorats ». Beaucoup de formules juridiques ont été utilisées un peu partout.

Contrairement à une idée reçue, la France bourgeoise a de gros intérêts dans son « outre-mer » : Guadeloupe, Martinique, Guyane française, Réunion, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Saint-Pierre-et-Miquelon, Terres-Australes-et-Antarctiques Françaises.
Ces pays servent à la France :
- de marchés de consommation, pas très importants, mais c’est toujours ça ;
- de vitrines commerciales sur les trois océans Atlantique, Indien et Pacifique ;
- de colonies de production : banane, sucre, rhum, nickel (produit important : la Nouvelle-Calédonie est le 3ème producteur mondial de nickel) ;
- d’une extension de sa zone de souveraineté maritime. Ainsi, la règle de droit international des 200 miles marins autour de chaque territoire « terrestre » lui permet d’être la 2ème puissance maritime mondiale, avec une Zone Economique Exclusive de 1.111.000 kms2 ; sans l’outre-mer la France n’aurait que 550.000 kms2 et ne serait que 43ème ; belle perspective à moyen terme, pour la pêche en haute mer et les recherches de nodules polymétalliques ;
- de porte-avions face aux autres impérialismes (bases militaires d’intervention) ;
- de bases de recherches scientifiques éventuellement dangereuses pour les peuples du lieu : Base spatiale de Kourou en Guyane (imaginez un lancer de fusée en échec, la fusée s’écrasant sur un endroit peuplé !) ; Mururoa dans le Pacifique, pour les essais nucléaires…
- Si la France se décidait enfin à renoncer au nucléaire, ces pays seraient une bonne base scientifique de recherche-développement sur des énergies plus propres : pays ensoleillés, maritimes, volcaniques, bien ventés ; énergies solaire et autres.

Les intérêts français dans son « outre-mer » sont donc beaucoup plus importants que ce qu’il lui « coûte ». Malgré les dénégations officielles et le mythe méprisant des « Danseuses de la France », il est donc évident que la France a toujours des colonies ; ce ne sont plus exclusivement des colonies de production, mais des colonies quand même. L’enjeu se situe au niveau de la géopolitique planétaire. Que les USA ou Israël aient aussi des colonies, avec une répression plus brutale, ne doit pas amener à défendre la France colonialiste.
Implicitement, les revendications des plates-formes revendicatives remettaient en cause les structures coloniales de chaque société, et donc les liens de domination coloniale. Pour la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion et la Guyane, la conscience nationale n’est pas très développée pour les raisons suivantes :
- les peuples précoloniaux ont été massacrés,
- donc les peuples actuels se sont constitués corrélativement au processus colonial, par métissage, au départ forcé ;
- le pays colonisateur a mené une politique culturelle d’assimilation-aliénation, ayant abouti notamment à la revendication par la gauche de la « départementalisation » pour contrer le pouvoir dictatorial des Gouverneurs et obtenir l’ « égalité avec les Blancs » dans des sociétés très racistes (cf les Békés et les fonctionnaires coloniaux).
Cela n’interdit pas à ces peuples métissés [4], vivant à au moins 7.000 km2 le caractère objectif de peuples à vocation nationale-étatique, c’est-à-dire le droit à se constituer en Etat. Il existe un droit des peuples à l’autodétermination....
Ne soyez donc pas surpris si à l’avenir des mouvements autonomistes et indépendantistes s’y redéveloppent. Il en existe depuis la fin des années 1950, mais ils se sont souvent ramollis depuis 1981… Cependant l’avenir n’est pas écrit d’avance.

Les forces progressistes françaises se doivent de soutenir inconditionnellement les luttes de chaque peuple pour l’autodétermination, les revendications des forces nationales pour l’ouverture de débats publics sur la décolonisation et un changement de statut politique (et pas seulement de statut administratif). Après débats démocratiques et multiformes, des référendum devront poser la question du changement de statut politique, donc l’érection de chaque pays en ETAT, doté d’un bloc cohérent d’attributs de souveraineté, permettant : coopération voire une intégration dans les zones géopolitiques respectives, sans possibilité de veto de la France, avec droit CODIFIE de négociation avec l’UE. Si le résultat est positif, et si un peuple le demande, la France devra organiser l’élection d’une assemblée « instituante » élue pour rédiger un projet d’institutions politiques distinctes des collectivités de métropole, avec ces principes. Le droit de changer de statut doit aller jusqu’à la revendication de l’indépendance.

De tout cela, il ressort que les syndicats et la plupart des forces « progressistes » françaises ont pas mal de pain sur la planche.
Dans l’immédiat, pour les syndicats français, les actions actuelles de nombreux salariés désespérés (séquestrations de cadres supérieurs et de patrons notamment) sont un signe que la colère populaire devient de plus en plus explosive. Essayer de la canaliser contre leurs adversaires est nécessaire. Il faut arrêter les mots d’ordre de grève d’un seul jour toutes les six semaines, suivies de « négociations » à huis clos avec le gouvernement. Des exemples récents à 7.000 kms2 montrent qu’il est possible de faire reculer gouvernement et grand patronat, à condition d’en avoir vraiment la volonté, l’audace, la ténacité, et de se donner les moyens de conserver l’unité d’action. Ceux d’en face ne cèdent que face au rapport de forces, au bras de fer.

Donc, au-delà d’un premier mai unitaire, préparer une grève générale interprofessionnelle illimitée, ne serait-ce pas un bon début, pour un entraînement général de la majorité du peuple dans la rue, pour obliger les politiques à indiquer de quel côté ils sont ? Et tout cela, élections ou pas élections ! Le social et le politique ne sont pas séparés par des cloisons étanches.

Cela redonnerait certainement courage à des tas de gens n’osant plus se mobiliser, en France, en Europe et ailleurs.

Frédéric CONSTANT.

[1] Les Békés sont les descendants des colons propriétaires d’esclaves. Après l’abolition de 1848, l’Etat français les a « indemnisés » à hauteur de 15F de l’époque par esclave « perdu »… Pour des raisons historiques (1794-1802) ils sont physiquement beaucoup plus nombreux en Martinique qu’en Guadeloupe. Mais après 1802 ils ont bien repris pied en Guadeloupe. Leur puissance économique reste énorme. Ils ne se mélangent pas avec le reste de la population.

[2] Lien vers les Plates-formes revendicatives :
- LKP en Guadeloupe
- Comité du 5 février en Martinique
- COSPAR à la Réunion

[3] Respectivement en Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion (Taux définitifs de 2007, source Insee) : Taux de chômage officiel = 22,7 %, 21,2 %, 20,6% et 24,2 %, contre 8,1% en France métropolitaine. Pourcentage de RMIstes = 7,1%, 7,8 %, 6,1 % et 7,8 % contre 1,8 % en France.

[4] Après tout, tous les pays d’Amérique et même la France sont depuis longtemps métissés, car nés de brassages de population d’origines très diverses. Et ce sont bel et bien des peuples nationaux, que n’empêche pas le métissage.


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